Hommage à Douglas Wren par Benoît Roy
C’est dans un petit village d’Angleterre qu’a vu le jour notre ami
Douglas. Déjà, dès le niveau primaire, c’est à la course qu’il allait et venait
entre sa maison et l’école, soit l’équivalent de quatre milles par jour. On ne
sait trop s’il courait parce qu’il était en retard ou parce qu’il se sauvait
des petits voisins du coin qui voulaient lui faire expier les mauvais coups
qu’il leur faisait!
Au secondaire, cette belle époque de sa vie, nul ne sera surpris
d’apprendre qu’il préférait le rugby et l’athlétisme au latin et au grec.
Comble de malheur, quand Douglas termine son secondaire, la guerre
commence à faire rage en Europe. Comme il est dans une forme splendide, il est
recruté pilote dans la Royal Air Force. Les forces ennemies le redoutent comme
la peste; l’aviation allemande concentre une bonne partie de ses effectifs
contre lui. Son avion est abattu en 1942. Depuis cette époque, il est convaincu
que s’il a pu survivre à l’écrasement d’un avion, il n’y a plus grand chose
pour venir à bout de lui!
Comme il faut bien un jour gagner sa vie, c’est vers
l’architecture que se tourne notre ami Douglas. Puis, ver le milieu des années
50, il est irrésistiblement attiré par le Canada et ses grands espaces. C’est à
Ottawa qu’il fera ses premières armes en s’associant à une compagnie de construction.
Il n’en continue pas moins de pratiquer le sport et à s’initier à d’autres
activités dont le ski alpin.
L’année 1970 marque un tournant dans sa vie. Vous vous souviendrez
que c’est l’époque de la crise d’octobre : menaces, enlèvements, bombes, etc.
Autant d’événements qui auraient contribué, semble-t-il, à la fuite des
capitaux, des sièges sociaux et des Anglais. Mais qui nous dit que tout ce
brouhaha n’est pas relié directement à la venue parmi nous de notre bon ami
Douglas ? J’espère que l’histoire saura un jour faire la lumière là-dessus.
C’est depuis cette année-là aussi que l’Université Laval s’est
ouverte au monde. Imaginez que l’École d’architecture engage un " British
" qui, par surcroît, se définit comme un agnostique. Selon Larousse,
l’agnostique est celui qui croit que l’absolu est inaccessible à l’esprit
humain. Voilà une bien drôle de manière de commencer une carrière dans une
université qui se veut d’allégeance catholique. Mais passons.
À peu près à la même époque, son statut de professeur lui laissant
beaucoup de temps libre, comme tout le monde le sait, Douglas commence à
s’adonner au ski de fond. C’est à ce moment-là que j’ai fait sa connaissance.
Il m’a initié au Marathon canadien de ski et m’a enseigné les rudiments de la survie
en camping d’hiver et à l’autonomie du coureur des bois. Vous dire que Douglas
était planifié est peu dire. Je me souviens qu’il terminait les différentes
étapes à la minute près du temps alloué pour chacune d’elles. Il avait pour son
dire que tant qu’à payer pour participer à cette épreuve, autant en profiter au
maximum.
Si vous êtes comme moi, vous avez plus de facilité à imaginer
Douglas parmi nous au Camp des maîtres qu’assis devant la télé dans un foyer
pour personnes âgées. Savez-vous pourquoi ? Eh bien, il préfère votre compagnie
à cause de votre spontanéité, votre fraîcheur et votre joie de vivre. Il a
tendance à s’ennuyer avec les vieux parce qu’il trouve qu’en général, ils
manquent d’entrain et qu’ils sont trop pessimistes.
Le sport et l’activité physique sont pour lui, comme pour nous, un
ciment qui lie entre elles les différentes couches de la société. Dans la
confrontation sportive, il n’y a plus de classes sociales. Le prestige dû à la
profession et l’origine sociale s’effacent quand on se mesure sur une paire de
skis, sur un vélo de montagne, à la course ou lorsqu’on participe à un
événement comme celui de ce soir.
Comme beaucoup d’entre nous, Douglas sait goûter encore la
satisfaction découlant d’un entraînement intensif, l’euphorie envahissante
quand le vent s’engouffre dans son casque de vélo dans ses descentes
intrépides, le calme et la quiétude quand il vogue en canot sur lacs et
rivières, la plénitude de l’effort à la fin d’une course de ski de fond, le
goût du dépassement qu’exige la variété d’un triathlon.
Ce qui compte beaucoup pour Douglas, c’est de se garder actif non
seulement physiquement mais aussi intellectuellement. Pas surprenant que même à
la retraite, il agit encore comme consultant dans son domaine. Cette hygiène
mentale lui apporte satisfaction et la vivacité qui le caractérisent.
Serviabilité et générosité sont aussi des traits qui le
singularisent. Le sport est certes pour lui, compétition et dépassement mais
aussi échange et partage avec les autres, isolement et persévérance dans les
moments difficiles mais aussi écoute et accessibilité aux autres. Bref, la
confrontation sportive demeure pour Douglas une belle école de vie. C’est ce
qui lui a donné cette merveilleuse sérénité qui demeure une de ses marques
distinctives et que nous souhaitons tous atteindre un jour.
Douglas me faisait part de sa philosophie de vie. Utilisant
l’allégorie suivante, il me disait qu’à la naissance chacun reçoit une clé qui
peut lui ouvrir la porte débouchant sur le bonheur ou le malheur, le ciel ou
l’enfer, la tristesse ou la joie. À nous de choisir la bonne serrure, d’ouvrir
la porte qui débouchera sur notre plénitude et notre épanouissement.
Douglas, tu es pour tous et toutes une belle inspiration et un
modèle qui illustre que l’équilibre mental et physique vont de pair.
Avril 1997